L’adolescent et les écrans : une calamité, vraiment?

07/01/2026

L'adolescence est une période charnière, souvent déroutante pour les parents.

Et lorsque les écrans s'invitent au centre du quotidien, les inquiétudes peuvent rapidement prendre le dessus :
"Il est tout le temps sur son téléphone", "On ne le voit plus", "On ne se parle plus"…

Avant de chercher des solutions, il est essentiel de comprendre ce qui se joue réellement à cette période de la vie.

Trois dimensions clés de l'adolescence

L'adolescence ne se résume pas à une question d'attitude ou de volonté. Elle repose sur trois dimensions étroitement liées.

La dimension biologique, d'abord.
Le cerveau de l'adolescent est encore en construction. Les zones liées à la gestion des impulsions, à l'anticipation des conséquences ou à l'autorégulation émotionnelle ne sont pas encore totalement matures. Les chemins neuronaux sont en cours de création, ce qui explique certaines réactions intenses, parfois déroutantes… pour tout le monde.

La dimension psychologique, ensuite.
C'est une période de remise en question des bases éducatives, de l'autorité, des règles établies.
L'adolescent aspire à plus d'autonomie, tout en ayant encore profondément besoin de la sécurité apportée par ses parents. Cette tension interne peut être source de conflits, d'oppositions, mais aussi de grandes fragilités émotionnelles.

La dimension sociologique, enfin.
L'adolescence marque le passage progressif du cocon familial vers d'autres groupes d'appartenance. Les pairs prennent une place centrale dans la construction identitaire. Aujourd'hui, ces groupes existent en grande partie… à travers les écrans.

Une génération née dans le numérique

Les adolescents actuels — générations dites Z et Alpha — ont grandi dans un monde numérique.
Pour eux, les écrans ne sont pas une nouveauté ni un "plus" : ils constituent la norme.

La vision de l'autorité a également évolué, tout comme l'entrée dans l'âge adulte, qui se fait plus tard qu'auparavant. Le rapport au temps, au savoir, à l'information et aux relations s'en trouve profondément modifié.

Cette réalité s'accompagne de changements notables :

  • Augmentation de la sédentarité
  • Connexion quasi permanente
  • Accès continu à une masse d'informations, pas toujours adaptées à leur âge

Ce contexte peut avoir un impact sur la santé physique, mais aussi sur la santé mentale : anxiété, comparaison sociale accrue, surcharge informationnelle, difficulté à se déconnecter.

Les écrans comme espace relationnel

À l'adolescence, la communication passe majoritairement par écrans interposés.
Discuter, rire, partager, appartenir à un groupe… tout cela se vit aujourd'hui en grande partie en ligne.

Les jeux vidéo, par exemple, sont devenus de véritables lieux de socialisation. On ne joue plus forcément ensemble dehors, mais on se retrouve autrement.
Les réseaux sociaux, quant à eux, participent fortement à la construction de l'image de soi. Cette image est étroitement liée à la confiance en soi et peut devenir un socle — parfois fragile — de l'affirmation personnelle.

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que l'adolescent passe beaucoup de temps sur son téléphone.
Et lorsqu'il ne l'a pas, il peut se retrouver face à l'ennui, au vide, à une difficulté à savoir quoi faire de son corps, de son temps ou de ses émotions. Ce constat n'est pas isolé… et est loin d'être le signe d'un échec parental.

Entre bénéfices et risques : un équilibre à trouver

Les écrans remplissent de nombreuses fonctions positives pour les adolescents : lien social, détente, exploration, appartenance.
Mais ils peuvent aussi, lorsqu'ils prennent trop de place, fragiliser le lien familial, accentuer le fossé générationnel et, comme je l'ai énoncé plus haut, augmenter l'anxiété etc.

Les parents se retrouvent alors face à un dilemme :

  • Comment protéger sans contrôler excessivement ?
  • Comment prévenir sans interdire systématiquement ?
  • Comment maintenir le lien tout en favorisant l'autonomie ?

Les sanctions et les punitions, bien qu'elles soient assez ancrées dans notre système éducatif, ne répondent pas toujours aux enjeux de fond. Les émotions de l'adolescent — lorsqu'elles ne sont pas comprises ou entendues — peuvent s'exprimer de manière explosive, renforçant incompréhensions et tensions.

Changer de regard pour préserver le lien

Accompagner un adolescent face aux écrans, ce n'est pas chercher la solution parfaite.
C'est avant tout :

  • Rester en lien
  • Ouvrir le dialogue
  • S'intéresser à ce qui se joue derrière l'écran
  • Poser un cadre clair, ajusté et évolutif
  • Faire de la prévention plutôt que de la surveillance permanente

C'est aussi accepter que les parents avancent eux aussi dans un monde en mutation, parfois à tâtons.

Pour conclure

Les écrans ne sont ni des ennemis, ni des solutions miracles.
Ils sont un outil central dans la vie des adolescents d'aujourd'hui, avec leurs bénéfices et leurs défis.

Comprendre les enjeux permet de sortir des luttes de pouvoir, de diminuer la culpabilité parentale et de remettre l'essentiel au cœur de la relation : le lien, la communication, la confiance et l'accompagnement progressif vers l'autonomie.

Et si tout n'est pas parfait — spoiler discret — c'est probablement que vous êtes simplement… humains 😊